une hanthologie
exposition collective
du 02/06/2026 au 24/07/2026
arts factory _ bastille

27 rue de charonne 75011 paris _ métro : ledru-rollin & bastille _ infoline : +33(0)6 22 85 35 86 
du mardi au samedi de 12h30 à 19h30
vernissage et lancement du livre édité par serious publishing
le mardi 2 juin 2026 de 17h à 21h 
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© thep chukul courtesy arts factory


KATUN THAI KOMICS
bandes dessinées populaires thaïlandaises

Fantômes improbables, corps enfiévrés, décapitations sommaires et justice karmique, bienvenue dans l'enfer du Katun : les comics à 1 bath qui ont inondé la Thaïlande au détour des années 70 et 80. Cousines éloignées des publications pour adultes Elvifrance, ces bandes dessinées populaires restent largement méconnues dans nos contrées. Stéphane Damant, iconographe et curateur a réuni dans cette hanthologie un rare corpus d'archives et de créations contemporaines révélant une esthétique décapante ... âmes sensibles s'abstenir !
Déployée dans toutes les salles de la galerie, l'exposition qui accompagne le livre s'ouvre sur une exceptionnelle collection d'illustrations et planches originales vintage, avant de mettre à l'honneur les œuvres récentes de trois dessinateurs, acteurs majeurs de l'âge d'or du Katun : Thep Chukul, Tode Kosumphisai et le doyen Dan Sudsakorn né en 1954.

 

© serious publishing courtesy arts factory

© anon courtesy arts factory

© fu ruangsak duangpla courtesy arts factory


Taillé dans des chutes de papier d’imprimerie, d’un format de 9x13 cm, comprenant 16 pages - le nombre variera au fil des années - le Katun lem la baht - BD à 1 bath, la monnaie locale - est d’emblée une opération alchimique qui transforme les résidus en pépites visuelles. Littérature des classes populaires : masseuses, marchands ambulants, chauffeurs de taxi, réceptionnistes, on le trouve aussi dans les salons de coiffure, les cabinets dentaires où les plus aisés peuvent s’adonner à sa lecture en catimini.

Mélange de fureur et d’érotisme saupoudré de morale bouddhiste, le Katun étale tout ce que l'aristocratie du pays réprouve : les histoires de gangs, les ruses et tromperies du couple, les récits d’exploitation d’hommes et de femmes pauvres - souvent originaires de l’Isaan - venus tenter leur chance à Bangkok, les conflits avec les riches (setthi) et surtout, les histoires de fantômes (phi) qui représentent presque la moitié de la production. Phi Pret, Krahang, Phi Hua Khat, Krasue... on compte - variantes régionales incluses - un peu plus d’une centaine de fantômes différents, incarnant le plus souvent la psyché des migrants provinciaux maltraités en ville. Dans le Katun la révolte qui vire au gore est liée à une souffrance vécue : Plus le mal subi est profond, plus le Katun sera flamboyant dans la violence de la vengeance… En Asie du Sud-Est, les fantômes sont la voix des opprimés, note Nicolas Verstappen, auteur de The Art of Thai Comics, l’ouvrage de référence sur la BD thaïlandaise.

La décennie 70 qui voit le genre naître est une période troublée, entre expérience démocratique, répression sanglante et guerre du Vietnam. Le lectorat se jette alors sur ces histoires et les ventes s’envolent. Entre 1979 à 1987, environ 5000 titres ont été publiés par les 25 éditeurs en présence. Avec des tirages oscillant entre 25.000 et 70.000 copies, il y a eu jusqu'à 200 millions d'exemplaires en circulation ! Pour nourrir la bête, les dessinateurs-scénaristes travaillent sans relâche : Tode Kosumphisai compose une ou deux histoires par semaine, Dan Sudsakorn jusqu’à cinq Katun par mois. Mais peu à peu le décor se fissure : la Thaïlande entre en récession dès 1982, le manga pirate déferle, puis le smartphone transformant les habitudes de lecture va porter le coup de grâce. Beaucoup de Katunistes disparaissent dans la nature, Tode devient musicien itinérant, Thep Chukul charpentier.

Une période sombre pour des personnes qui ont passé l’essentiel de leur vie penchés sur une table à dessin, les nuits dans le halo de la lampe de bureau. Depuis une dizaine d'années, toutefois, le Katun connaît un regain d’intérêt, des marques veulent s’approprier cette identité visuelle singulière, des travaux universitaires explorent sa richesse créative. Tode, Thep, Dan et bien d’autres ont ressorti crayons et pinceaux pour continuer leur histoire, celle de conteurs des marges de la société dont les travaux n'ont pas fini de nous hanter.

 

© thep chukul courtesy arts factory

© suwit shittichok courtesy arts factory

© tode kosumphisai courtesy arts factory

© chatree sungwornsilp courtesy arts factory

© dan sudsakorn courtesy arts factory

listing des œuvres sur demande / 
visuels de haut en bas
thep chukul [ né en 1969 ] - technique mixte sur papier, 29.7 x 21 cm, 2021
couverture du livre : katun thai komics - édité par serious publishing - plus d'infos 
anon [ date de naissance inconnue ] - encre sur papier, 27 x 19 cm, circa 1987
fu ruangsak duangpla [ né en 1965 ] - technique mixte sur papier, 29.7 x 21 cm, circa 1997
thep chukul [ né en 1969 ] - urban ghost series - encre sur papier, 42 x 29.7 cm, 2026
suwit shittichok [ 1969-2004 ] - technique mixte sur papier, 28 x 19 cm, circa 1987 
tode kosumphisai [ né en 1956 ] - graphite sur papier, 29.7 x 21 cm, 2022 
chatree sungwornsilp [ né en 1945 ] - technique mixte sur papier, 27.6 x 19 cm, circa 1981
dan sudsakorn [ né en 1954 ] encre sur papier, 42 x 29.7 cm, 2026 

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